En février 2025, Microsoft a présenté Majorana 1, une puce quantique fondée sur des qubits dits topologiques, censés être plus stables que ceux de ses concurrents.
Grâce à une approche inédite basée sur les qubits topologiques, cette avancée pourrait permettre d’atteindre une puissance de calcul inégalée, rendant possibles des simulations et optimisations aujourd’hui impensables.
Mais derrière l’annonce de Microsoft, un scepticisme subsiste : cette technologie est-elle réellement prête ou s’agit-il d’un effet d’annonce ?

Mise à jour d’octobre 2026 : où en est Majorana ?
Depuis l’annonce de février 2025, la controverse n’est pas retombée. En juin 2026, Microsoft a présenté Majorana 2, une version améliorée de sa puce, mise au point selon l’entreprise grâce à l’intelligence artificielle. L’annonce a de nouveau été accueillie avec scepticisme, faute de données publiées en quantité suffisante. Fin juin 2026, de nouveaux travaux relayés par Nature, la BBC et Reuters ont encore mis en cause les affirmations faites sur Majorana 1 ; Microsoft maintient que le signal mesuré ne correspond pas au comportement d’une simple boîte quantique.
La preuve définitive que ces puces abritent bien des modes de Majorana n’a toujours pas été rendue publique. Majorana 1 et Majorana 2 sont des puces de recherche : elles ne sont pas en vente et n’ont pas de prix public.
Qu’est-ce que la puce Majorana 1 ?
Microsoft a dévoilé Majorana 1, un processeur quantique inédit reposant sur une architecture à cœur topologique.
Contrairement aux qubits classiques, souvent instables et sujets aux erreurs, les qubits topologiques sont conçus pour être plus robustes et résistants aux perturbations.
Cette innovation repose sur un topoconducteur, un nouvel état de la matière qui, jusqu’à présent, n’existait qu’en théorie capable d’observer et de contrôler les particules de Majorana, permettant ainsi de produire des qubits plus fiables et évolutifs.
Cette percée pourrait être à l’informatique quantique ce que les semi-conducteurs ont été pour l’informatique classique.
Comment fonctionne la puce Majorana 1 ?
Un qubit fondé sur les fermions de Majorana
Les fermions de Majorana sont des particules hypothétiques prédites en 1937 par le physicien Ettore Majorana.
Leur particularité est d’être leurs propres antiparticules, une propriété unique qui leur confère une stabilité accrue.
Dans Majorana 1, ces particules sont générées dans un nanofil supraconducteur, combinant de l’arséniure d’indium et de l’aluminium.
Ce matériau hybride permet d’induire un état quantique appelé Majorana Zero Modes (MZM), où l’information quantique est stockée dans une paire de quasiparticules séparées mais corrélées.
Microsoft a mis au point un procédé unique de lecture des qubits en exploitant des quantum dots et des micro-ondes, garantissant une extraction des données sans perturber leur état quantique.
Ce que Microsoft promet avec Majorana 1
Une informatique quantique enfin scalable ?
L’un des plus grands défis de l’informatique quantique est de passer de quelques dizaines de qubits à plusieurs millions, une condition essentielle pour des applications industrielles concrètes.
Microsoft affirme que Majorana 1 est conçu pour évoluer jusqu’à 1 million de qubits, une échelle jamais atteinte et qui pourrait ouvrir la porte à des calculs révolutionnaires dans de nombreux domaines :
- Industrie : Conception de matériaux auto-réparateurs pour la construction, l’aérospatiale et la fabrication avancée.
- Environnement : Décomposition des microplastiques et développement de catalyseurs universels pour lutter contre la pollution.
- Santé : Amélioration des traitements médicaux via la modélisation avancée des interactions moléculaires.
- Recherche scientifique : Simulation ultra-précise des réactions chimiques et optimisation des matériaux quantiques.
Une feuille de route ambitieuse
Microsoft a établi une roadmap en plusieurs étapes pour rendre son architecture viable :
- Démonstration des qubits topologiques avec Majorana 1 (publication validée dans Nature).
- Création d’un dispositif à 2 qubits intriqués.
- Développement d’un processeur à 8 qubits topologiques, première étape vers un système plus robuste.
- Mise au point d’une architecture Tetron, permettant de combiner plusieurs qubits physiques en deux qubits logiques corrigés d’erreur.
- Construction d’un ordinateur quantique avec un million de qubits.
Microsoft bluffe-t-il sur ses avancées ?
Un scepticisme persistant
Si cette annonce est une avancée scientifique certaine, certains experts restent prudents.
L’un des principaux points de controverse est que Microsoft ne fournit aucune donnée sur les performances de Majorana 1 :
- Taux d’erreur : Combien de temps les qubits restent-ils cohérents ?
- Temps de cohérence : Quelle est la durée de maintien d’un état quantique exploitable ?
- Performances globales : Quelle est la puissance réelle par rapport aux autres architectures quantiques ?
Pour le moment, aucune démonstration pratique d’un calcul quantique avec Majorana 1 n’a été publiée. De plus, des doutes subsistent sur la réelle existence des qubits topologiques, une technologie que Microsoft défend depuis plus de 17 ans, sans preuve expérimentale définitive.
Une annonce prématurée pour Microsoft ?
L’article publié dans la célèbre revue Nature constitue une avancée importante, mais il ne fournit pas encore la preuve irréfutable qu’un ordinateur dit boite quantique fonctionnel basé sur cette technologie puisse être construit à grande échelle.
Microsoft affirme que ses qubits topologiques permettront de surpasser les qubits supraconducteurs et les qubits à pièges d’ions utilisés par IBM et Google, mais ces dernières technologies ont déjà été testées et validées dans des expériences en laboratoire.
De nombreux chercheurs restent prudents : tant qu’un prototype opérationnel démontrant un calcul réel n’aura pas été présenté, l’existence et la viabilité des qubits topologiques resteront sujettes à controverse.
En l’absence de données quantitatives sur la stabilité et la correction d’erreurs, la communauté scientifique reste dans l’attente d’une validation plus robuste des résultats avancés par Microsoft.
Révolution technologique ou coup marketing pour Microsoft Majorana 1 ?
La puce Majorana 1 représente une avancée prometteuse pour l’informatique quantique. Si les qubits topologiques tiennent leurs promesses, Microsoft pourrait bien prendre une avance considérable sur ses concurrents en développant une architecture plus fiable et scalable.
Cependant, en l’absence de résultats expérimentaux concrets et de benchmarks indépendants, le scepticisme reste de mise.
Il faudra encore quelques années avant de savoir si Majorana 1 est bien le premier pas vers l’ordinateur quantique ultime, ou simplement une opération marketing bien ficelée.
À lire aussi :
Questions fréquentes
Où en est la puce Majorana de Microsoft en 2026 ?
Microsoft a présenté Majorana 2 en juin 2026, une version améliorée de Majorana 1. La communauté scientifique reste sceptique : la preuve définitive que ces puces abritent des modes de Majorana n’a pas été rendue publique, et de nouveaux travaux ont mis en cause les affirmations de 2025.
Qu’est-ce que Majorana 2 ?
C’est la deuxième version de la puce quantique à qubits topologiques de Microsoft, annoncée en juin 2026. Selon Microsoft, elle a été améliorée grâce à des techniques d’intelligence artificielle ; peu de données ont été publiées pour le vérifier.
Peut-on acheter la puce Majorana 1 ?
Non. Majorana 1 et Majorana 2 sont des puces de recherche, sans prix public. Les ordinateurs quantiques de Microsoft ne sont pas proposés à la vente, et un usage industriel n’est pas attendu avant plusieurs années.





